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Chamicha

La femme marche de long en large dans le palais, l'agitation se lisant sur son visage. Secouant les rideaux, secouant ses longs cheveux, soulevant tentures et draperies, vidant les malles, rejetant des habits pour les reprendre ensuite. De temps en temps elle crie: "Chamicha, Chamicha!". Elle a cessé de chercher uniquement à des endroits où Chamicha pourrait physiquement résider et soulève même les vases pour voir si elle ne se trouverait pas dessous. Elle ne se rappelle plus trop la dernière fois qu'elle l'a vue, la veille sans doute. Chamicha s'est évaporée, et la dame sent son angoisse revenir. C'est la deuxième ou troisième fois qu'elle disparaît, pour revenir par la suite. Elle essaie de se rappeler des circonstances de ces disparations, mais elle n'a que des souvenirs ténus de la dernière escapade, et encore moins de l'avant dernière. Elle essaie de repenser à celle d'avant, la première, mais le souvenir est si douloureux qu'elle le repousse d'instinct et se replonge dans ses recherches, marchant de long en large, vérifiant tout sur son passage, sans s'arrêter.

Les domestiques suivent le mouvement. La dame n'aime pas leur présence, alors ils se font discrets et s'occupent des endroits auxquels elle ne pensera pas. Ils restent dans l'ombre, se tenant prêts à agir si leur maîtresse les mande, essayant de rattraper les affaires qu'elle jette aux quatre coins des pièces qu'elle visite et de fouiller le palais avec méthode. Une cuisinière a même eu l'idée de préparer le repas préféré de Chamicha, dont elle répand l'odeur avec un éventail dans l'espoir que celle-ci ne se montre, prise d'une fringale subite.

Les gardes sont inquiets aussi, et même s'il est de leur devoir de ne rien en montrer, ils rajustent leur armure, ils triturent et soupèsent leurs lances plus que de coutume. Si la situation se prolonge, leur maîtresse connaîtra une nouvelle crise. Alors ils décident d'étendre la recherche en dehors de la propriété, dans la ville même. Reste à trouver un mensonge pour garder leur déploiement discret.


L'homme a longtemps erré, et son chemin passe par la ville aujourd'hui. Il ne fait que la contourner, trop de mauvais souvenirs. Il a dormi dans un renfoncement des docks, se servant de sa cape comme d'une couverture. Il a encore eu un cauchemar cette nuit, cela fait quinze ans qu'il en a. Il a rêvé de sa main tachée de sang, tenant encore un poignard. La victime n'est pas toujours la même, elle varie selon son humeur. Souvent c'est le bébé, qui parfois continue de hurler, ou se colle à lui ou produit une rivière de sang qui manque de tout emporter, mais généralement la victime prend la forme de la mère du bébé, qui alors le regarde avec des yeux remplis d'incompréhension. Cette fois, la victime était une jeune femme, comme si le bébé n'avait cessé de grandir même après sa mort. Agonisante, elle le regardait sans réagir, sans protester. C'est le contraste entre le corps déjà adulte et le comportement de bébé qui l'avait marqué.

Au réveil, la sensation était différente. Une impression de danger pesait sur lui, comme si le fait de retourner sur ces lieux avait déclenché une réaction hostile. Il avait décidé de faire confiance à son instinct et cherchait à prendre le premier bateau pour repartir. Malheureusement, il dormait encore lors du précédent départ et devait attendre quatre heures que le cours de l'eau ne s'inverse. Tant pis pour visiter la ville, il resterait tuer le temps sur les pontons.


Le garde montra au tavernier un portrait hâtivement griffonné.
"Vous n'avez pas vu cette personne?
- Je n'ai pas besoin de ton dessin, Médard, je me rappelle très bien à quoi il ressemble, ton gars. Et non je ne l'ai pas vu, sinon je t'aurais déjà fait prévenir, tu penses bien.
- Ah, cela ne m'étonne pas trop, mais merci quand même.
- Pour ce qu'il a fait à votre maîtresse, il mérite qu'on le pende. Mais dis-moi, pourquoi vous vous remettez à le chercher?
- On nous a dit l'avoir vu dans le coin.
- Ça fait quinze ans, Médard, ça fait quinze ans. Il est devenu méconnaissable, tu penses bien, depuis le temps. C'est jamais qu'une fausse alerte de plus.
- Tant pis, cela nous fera de l'exercice. Bon, je file."
Le tavernier soupira. La maîtresse aurait pu être fière du dévouement de ses gardes, si elle avait encore sa raison.


L'homme avait joué à faire des ricochets, puis s'était lassé rapidement. Les dés n'avaient pas eu plus de succès. Il a ensuite fini d'inspecter et d'épousseter ses vêtements, puis fait quelques mouvements de gymnastique. Maintenant, il est reparti dans l’introspection. Il repense à ce qui a motivé son exil et esquisse un sourire crispé, comme à chaque fois qu'il soupesait l'ironie, car ce geste qui devait éliminer ce qui le séparait d'elle n'avait abouti qu'à les éloigner définitivement. Une belle connerie, en fait, mais ce n'est pas comme s'il pouvait revenir en arrière. Et pourquoi avait-t-il été si jaloux, au fait? Parce qu'une créature avait pris possession d'elle, qu'il savait qu'il ne serait plus jamais que numéro deux, parce qu'il n'était plus qu'une utilité qui resterait dans l'ombre et mangerait à la cuisine? Rien de tout cela, sans doute.

Un vol de canards passait, tirant un nuage. Il frissonna en regardant ces oiseaux. D'habitude, ce sont plutôt les corbeaux qui sont de mauvaise augure, mais ces palmipèdes avant un je ne sais quoi de sinistre qui le glaçait, sans doute parce que leur chargement cotonneux avait caché le soleil. Il se mit à marcher de long en large, pour compenser le froid suintant de la rivière.


Les gardes soupirent. Fouiller la ville était inutile, Chamicha n'aurait pu la traverser en y passant inaperçue. Ils savaient bien que le bord de la rivière était le meilleur endroit où chercher. Le bras mort était calme et isolé, les pontons du port permettaient de multiples cachettes, mais patauger dans la fange, et risquer de se retrouver dans l'eau en leur disait rien. Enfin, ce n'était pas comme si l'on pouvait chercher quelqu'un uniquement là où c'est agréable de le faire.


L'homme s'arrêta, soudain. Quelqu'un se tenait derrière lui, mais il n'osait pas se retourner. Il resta à fixer un mur de caisses en bois qui empêchait son instinct de lui ordonner une fuite en avant. Il essaya d'atteindre une arme, mais ses mains ne semblaient pas trouver poignard ou épée. Il eut un moment de panique à chercher fébrilement au niveau de sa ceinture, un deuxième lorsqu'il reporta ses pensées sur son agresseur.

Son corps toujours immobile, comme paralysé, il déglutit et essaya de regarder qui était derrière lui. Il ne sut pas quand le phénomène de dématérialisation se produisit, mais il se vit, sur le ponton. Une silhouette familière s'approchant de lui. La vue de l'épée au clair dans la main d'icelle aurait dû le faire réagir, mais il resta spectateur, voir ce genre de scènes dans ses cauchemars l'avait émoussé. Il cherchait à savoir qui était son agresseur. Quelqu'un de jeune, une femme, vraisemblablement. Il la reconnut et ne put s'empêcher de crier son nom: "Chamicha"
Il sentit le glaive s'insérer entre ses côtes.


Une demi-heure après, les gardes trouvèrent le cadavre, une épée courte encore plongée dans le dos. Son visage ne leur dit rien, et l'épée était d'un modèle courant; eux-mêmes en avaient des semblables dans leur râtelier.
Ils examinaient le cadavre, quand l'un deux détourna la tête, et poussa un cri: "Chamicha!". Les autres regardèrent dans la direction qu'il indiquait. Chamicha, troisième du nom, le canard préféré de leur maîtresse, marchait tranquillement sur le ponton et n'opposa aucune résistance lorsque les gardes le récupérèrent.

Commentaires:

Remarques

Ecrit par castor le Dimanche 12 Juin 2011, 12:48

Quand je relis cette histoire, j'ai l'impression que le style en est un peu bancal (il y a des passages au passé et d'autres au présent, par exemple), peut-être parce que je l'ai écrite en plusieurs temps. Si vous avez des remarques ou des conseils à me donner, n'hésitez pas.

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